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Pourquoi la Russie et le Canada devraient coopérer dans l’Arctique

Pourquoi la Russie et le Canada devraient coopérer dans l’Arctique

Car le Canada et la Russie sont les plus grands États de l'Arctique, ils ont le plus à perdre si leur coopération ne se passe pas bien.
Russie et Canada devraient collaborer en Arctique

De tous les États arctiques, les Arctiques du Canada et de la Russie sont les plus semblables en termes de géographie, de climat et de potentiel de développement. Très vastes, fondés sur d’anciennes roches de socle, affichant des températures record (aux deux extrémités du thermomètre) et disposant d’une abondance de ressources naturelles, le Canada et la Russie ont beaucoup à apprendre l’un de l’autre. Mais il y a aussi des différences qui sont marquées, préoccupantes et qui s’intensifient. Le moment est venu de trouver un terrain d’entente.

Pour ce qui est de ce qu’ils ont en commun, le Canada et la Russie soutiennent fermement les forums et les institutions qui ont favorisé la bonne gouvernance dans l’Arctique, de la Stratégie de protection de l’environnement arctique au Conseil de l’Arctique et à ses filiales, le Conseil économique de l’Arctique et le Forum des garde-côtes de l’Arctique. Cela dit, les industries minières et d’extraction des ressources ont un bilan environnemental médiocre dans l’Arctique des deux pays, et Climate Action Tracker classe actuellement les efforts de la Russie en matière de réduction des émissions de gaz à effet de serre comme « très insuffisants », et ceux du Canada comme « insuffisants ».

Les régions arctiques du Canada et de la Russie sont peu peuplées : La Russie compte environ 2,5 millions d’habitants dans l’Arctique, tandis que le Canada n’en compte que 150 000. Les villes de l’Arctique russe et les hameaux canadiens sont souvent isolés, avec moins de services disponibles et une espérance de vie plus faible que dans les autres parties des pays. Cette situation est directement liée à la concentration de peuples autochtones dans l’Arctique, qui ont souffert des politiques néfastes des deux gouvernements et de la marginalisation des résidents des deux nations. Le Canada ne fait que commencer le douloureux processus d’acceptation de la dévastation qu’il a causée, tandis que la Russie n’a pas eu à faire face à cette situation, et tout retard ne fera que nuire davantage à la Russie et à ses peuples. La consultation des peuples autochtones sur les questions qui les concernent directement est codifiée dans la déclaration des Nations unies sur les peuples autochtones. Le Canada avait initialement voté contre (mais est revenu sur sa décision en 2017), tandis que la Russie s’est abstenue. Pourtant, le Canada et la Russie ont également soutenu et adhéré à l’Accord sur le renforcement de la coopération scientifique internationale dans l’Arctique, qui consacre l’importance et la contribution vitale du savoir autochtone. Le Canada et la Russie pourraient tous deux devenir plus forts en changeant leur comportement envers leurs populations autochtones.

Enfin, le respect continu des processus inscrits dans la Convention des Nations Unies sur le droit de la mer, ainsi que la lutte contre la pêche illégale, sont très importants pour le Canada et la Russie, qui possèdent les plus grandes zones économiques exclusives de l’Arctique. Les deux pays ont signé l’Accord international visant à prévenir la pêche non réglementée en haute mer dans l’océan Arctique central, qui est entré en vigueur le 25 juin 2021. Cet accord est historique, car il interdit de manière préventive la pêche commerciale jusqu’à ce que l’on comprenne mieux les écosystèmes de la zone et que l’on dispose d’informations scientifiques adéquates pour étayer les futures mesures de gestion.

À d’autres égards, l’Arctique russe et l’Arctique canadien sont très différents. Pour la Russie, l’Arctique est un moteur économique : il représente actuellement 10 % du PIB de la Russie et 20 % de ses exportations, et des investissements importants contribuent à la commercialisation de la route maritime du Nord. L’Arctique canadien n’est pas un moteur de la croissance économique nationale, bien que l’art et le tourisme inuits soient prometteurs. En 2015, par exemple, un rapport a révélé que les « artistes inuits canadiens produisant des arts visuels et de l’artisanat pour leur revenu ont gagné plus de 33 millions de dollars nets de tous les coûts, et par leurs achats d’intrants et la dépense de leur revenu gagné, ils ont généré 12,5 millions de dollars supplémentaires en retombées. » Le manque d’infrastructures dans l’Arctique canadien est flagrant et constitue un frein aux investissements à grande échelle. En outre, le passage du Nord-Ouest du Canada n’est pas adapté au trafic commercial et est principalement utilisé par les navires canadiens pour approvisionner les hameaux de l’Arctique.

La concurrence des grandes puissances entre la Russie, la Chine et les États-Unis s’intensifie et crée un fossé entre la Russie et le Canada. Après la Seconde Guerre mondiale, l’Union soviétique et le Canada ont signé la Charte des Nations Unies, s’engageant à préserver les générations futures du fléau de la guerre en respectant les lois internationales. Au cours des dernières années, de nombreuses lois internationales ont été violées. La liste des violations flagrantes commises par la Russie, de l’annexion de la Crimée aux empoisonnements, en passant par les cyberattaques et la détention de personnalités de l’opposition, est trop longue pour être ignorée, et tant le Canada que la Russie se sont mutuellement sanctionnés. Compte tenu de son alliance indéfectible avec les États-Unis et ses alliés de l’OTAN, le Canada se méfie des intentions opaques de la Russie dans le monde, qui pourraient compromettre la coopération actuelle et future dans l’Arctique.

Maintenant, avec l’armée de terre, la marine, l’armée de l’air et la côte des États-Unis, le Canada est prêt à faire face à cette situation.

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